Lors de la séance inaugurale du FGI 2025 à Lillestrøm, le président-directeur général de l’ICANN, Kurtis Lindqvist, a prononcé une allocution sur l’importance de la collaboration concrète et de la coordination technique, et sur les risques de fragmentation. Son message a donné le ton de la semaine.
L’enregistrement intégral de la séance est disponible ici (intervention de Kurtis à 1:01:28).
Texte intégral de l’allocution :
« Madame la Ministre Tung, chers représentants du gouvernement norvégien, du Département des affaires économiques et sociales (DAES) du Secrétariat de l’Organisation des Nations Unies, et du secrétariat du Forum sur la gouvernance de l’Internet (FGI), je tiens à vous remercier et à vous féliciter pour l’excellence de ce Forum.
L’examen SMSI+20, cette année, sera l’occasion de réaffirmer ce qui fait la force de l’Internet et ce qui garantit sa pérennité. Au cœur de cette réussite se trouve un principe cardinal : la coordination l’emporte sur le contrôle. C’est parce que la coopération — et non la centralisation — a toujours été le socle de sa gouvernance que l’Internet a pu connaître une telle croissance, une telle résilience, une telle portée.
Le rôle de l’ICANN est technique. Nous gérons les identificateurs (noms de domaine, adresses IP, fonctions de la zone racine) qui rendent l’Internet interopérable. Mais cette infrastructure ne tient que par la force d’un plus grand pilier : l’engagement commun en faveur de la coordination mondiale et des institutions qui l’incarnent. Cet engagement a inspiré la vision du Forum sur la gouvernance de l’Internet : un espace ouvert de dialogue, et non de négociation.
Le FGI a été conçu comme un lieu où les gouvernements, la société civile, les experts techniques et le secteur privé peuvent converger pour forger des consensus et échanger des idées. Ce modèle multipartite s’est avéré un formidable incubateur. Il renforce les capacités, nourrit la réflexion et éclaire la prise de décision dans d’autres instances, tout en contribuant aux grandes orientations du SMSI.
Ce principe est vital. Il fait la force du FGI, et c’est la raison pour laquelle il doit être protégé. L’évolution et les résultats du Forum, dans le cadre plus large du SMSI, parlent d’eux-mêmes.
Vingt ans ont passé depuis le SMSI de Tunis. En vingt ans, l’Internet a permis une évolution technique phénoménale, qui a révolutionné les services et la création de valeur. Des millions de petites et moyennes entreprises, partout dans le monde, existent en tout ou partie grâce à lui.
Nous gardons en mémoire les bâtisseurs de cette vision :
le Secrétaire général Kofi Annan, dont le leadership a insufflé la vie au FGI, ou encore nos collègues, comme Nigel Hickson, récemment disparu, qui a servi la cause de l’ICANN, puis du gouvernement britannique au sein de ce Forum pendant de longues années, avec clarté, humilité et une foi inébranlable dans la coopération. Leurs efforts ont permis à cet espace multipartite de prendre racine et de rester pertinent.
Mais l’existence de cet espace, à elle seule, ne suffit pas.
L’ICANN et l’Internet Society ont publié ce mois-ci un rapport conjoint, « Bilan des 20 ans du Forum sur la gouvernance de l’Internet », qui résume certains des succès que ce forum a rendus possibles et les raisons de son importance durable. Il prouve ce que la coopération peut accomplir lorsqu’elle est soutenue.
Quand la coopération et la coordination prévalent, le progrès s’ensuit. Quand elles se délitent, la fragmentation s’étend. Nous avons pu constater tout le bénéfice d’une concertation solide, que ce soit avec l’acceptation universelle — garante de l’accès multilingue pour tous les noms de domaine et adresses électroniques, quel que soit l’alphabet ou la langue — ou avec le déploiement des serveurs racine. Il en va de même pour les efforts visant à garantir la sécurité et la résilience de l’Internet, qu’il s’agisse de consolider ses systèmes centraux ou d’étendre son accès aux régions faiblement desservies.
Mais le progrès n’est jamais acquis. Il faut le défendre. Le nourrir sans cesse par la collaboration. Pour de nombreux pays, en particulier ceux du G77, l’enjeu n’est pas simplement technique : il s’agit de veiller à ce que le développement numérique tienne ses promesses en matière d’éducation, de santé, de services et de croissance économique.
Le FGI doit demeurer ce trait d’union entre les objectifs mondiaux et leur mise en œuvre concrète.
Il faut plus que le soutenir. Il faut s’y investir. Ce modèle a fait ses preuves. Ne le réinventons pas. Donnons-lui les moyens, faisons-lui confiance et exploitons-le.
Alors qu’évolue l’examen SMSI+20, un fait demeure : pas de mise en œuvre sans infrastructure. Et pas d’infrastructure sans coordination. L’avenir d’Internet dépendra d’une coopération qui fonctionne. Notre rôle : cimenter cette coopération, pour qu’elle soit durable, fiable et d’envergure mondiale.
Merci ».

