Ce billet s’inscrit dans une série d’articles mettant en lumière le vécu d’universitaires et de chercheurs qui participent aux travaux de l’ICANN et s’investissent dans sa communauté. L’ICANN tisse, par le truchement de son Programme mondial de promotion de la participation universitaire, des liens avec les universités et les instituts de recherche. Dans ce billet, Lily Edinam Botsyoe revient sur son parcours, de la découverte de l’ICANN, lorsqu’elle était étudiante au Ghana, à son rôle actuel de contributrice active au sein de la communauté. Pour savoir comment vous impliquer vous aussi, n’hésitez pas à écrire à [email protected].
Mes premiers pas à l’ICANN
Je m’appelle Lily Edinam Botsyoe. Doctorante en technologies de l’information à l’Université de Cincinnati, je bénéficie du Programme de bourses présidentielles de l’établissement. Ancienne chargée de cours adjointe, je siège par ailleurs depuis 2025 au Conseil consultatif du Registre américain des numéros d’Internet.
Mon premier contact avec l’ICANN remonte aux années 2015-2016. J’étudiais alors en premier cycle à l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah (Ghana) et faisais partie du chapitre local de l’Internet Society. À l’époque, le nom de l’ICANN n’était cité qu’au détour d’une conversation, noyé parmi une myriade d’acteurs de l’écosystème de la gouvernance de l’Internet.
C’est aux alentours de 2019 que l’ICANN est devenue un sujet incontournable au Ghana, et plus largement dans les sphères de la gouvernance de l’Internet en Afrique. Cet essor s’explique en grande partie par le rayonnement accru des modules de formation en ligne de l’organisation, ainsi que par le nombre croissant de membres de notre communauté locale sélectionnés pour le Programme de bourses de l’ICANN.
L’envers du décor : le point de vue de l’intérieur
Vue de l’extérieur, la communauté de l’ICANN me paraissait éminemment technique, et je m’imaginais qu’il fallait être ingénieur réseau pour y trouver sa place. C’est pourquoi j’ai longtemps hésité à poser ma candidature au Programme de bourses. Le déclic s’est produit lorsque j’ai vu des collègues intégrer le programme NextGen@ICANN et que je me suis plongée dans les modules et séances de formation en ligne.
Ma première véritable implication à l’ICANN a eu lieu en 2023, dans le cadre du programme NextGen@ICANN d’l’ICANN77. Grâce au mentorat dont je bénéficiais, à l’apprentissage en ligne et à la participation au Forum de politiques à Washington, D.C., j’ai pu me pencher sur les liens entre l’ICANN et la cybersécurité. J’ai ainsi acquis une vision beaucoup plus nette du rôle de l’organisation et de son arrimage aux grands enjeux d’infrastructure et de sécurité de l’Internet.
Ce qui m’a le plus surprise au cours de cette expérience, c’est la chaleur de l’accueil et l’empressement des membres de la communauté à découvrir mon parcours et mes aspirations, pour mieux m’aiguiller vers des pistes de contribution utiles. Très vite, mes a priori ont laissé la place à une profonde admiration pour le modèle multipartite de l’ICANN et la mosaïque de points de vue qui vient en façonner les travaux. Les débats du Comité consultatif At-Large ont tout particulièrement retenu mon attention, par leur ancrage résolument tourné vers l’utilisateur final et la communauté élargie.
S’épanouir par la participation
Dans le sillage de l’ICANN77, j’ai rejoint les rangs du Groupe des représentants des entités non commerciales et de l’Unité constitutive des entités non commerciales (NCUC). Cette expérience a conforté ma conviction que l’élaboration des politiques relatives à l’infrastructure de l’Internet dépasse le prisme des intérêts marchands.
À mesure que j’avançais dans mes recherches doctorales, les questions de confidentialité appliquées aux politiques techniques ont éveillé mon intérêt, m’incitant à postuler au Programme de bourses. Retenue comme boursière pour l’ICANN81, j’ai consacré l’essentiel de la réunion à la question de la confidentialité, en participant aux séances du Comité consultatif sur la sécurité et la stabilité. Les échanges m’ont apporté un éclairage utile sur les menaces qui pèsent sur le système des noms de domaine (DNS), ainsi que sur l’atténuation de l’utilisation malveillante et les bonnes pratiques telles que les extensions de sécurité du DNS. À mon retour, j’ai intégré l’Organisation régionale At-Large de l’Amérique du Nord pour cultiver mon engagement et poursuivre mon apprentissage au contact de la communauté At-Large.
Aujourd’hui, l’essentiel de mon action consiste à dynamiser la participation. Il s’agit d’encourager la prise de parole, de vulgariser les processus complexes et de donner aux participants (néophytes ou aguerris) l’assurance et les clés pour apporter leur pierre à l’édifice. J’ai également contribué à l’équipe spéciale sur la révision des procédures opérationnelles du NCUC et me suis impliquée dans le dialogue sur le plan régional de promotion de la participation.
Contribuer au modèle multipartite
Avec le recul, c’est l’encadrement et le mentorat qui m’ont véritablement permis de franchir le cap pour passer du statut de néophyte à celui de contributrice à part entière. Dans notre communauté, il est de coutume de dire « boursière un jour, boursière toujours », une jolie maxime qui consacre l’indéfectibilité de nos liens. Pourtant, un pilier de la communauté a récemment émis une réserve salutaire : l’étiquette de « boursier » ne doit pas être un prétexte pour se cantonner indéfiniment dans une posture de débutant. La bourse est un tremplin. Que vous jugiez vos compétences trop modestes ou trop pointues, sachez que la gouvernance de l’Internet en a aujourd’hui besoin pour l’ensemble de ses missions. Nul besoin, donc, d’attendre pour commencer à œuvrer.
Cette observation m’a interpellée et a changé ma façon d’appréhender ma place dans la communauté. À tous ceux et celles qui songent à rejoindre l’ICANN, mon conseil est simple : abordez cette expérience avec curiosité et patience. L’ICANN peut paraître complexe de prime abord, mais cette complexité finit par se dissiper.
Tissez des liens sans tarder, posez des questions et, surtout, n’attendez pas de vous sentir expert pour faire entendre votre voix. Votre point de vue compte, et le modèle multipartite y gagne en robustesse, porté par ces voix qui continuent de le rejoindre et de le modeler.

