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ICANN : un catalyseur du développement

28 septembre 2018
Par Nii Quaynor

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(NOTE DE LA RÉDACTION : Ce billet de blog de Nii Quaynor, souvent appelé le « le père de l'Internet en Afrique » fait partie d'une série d'articles occasionnels rédigés par certains des pionniers de l'ICANN. Ils nous offrent un retour sur les premiers jours de l'ICANN, alors que nous célébrons son 20eme anniversaire. Ces billets de blog des pionniers seront publiés sur ICANN.org et CircleID.com)


En 1998, l'idée d'un 'Newco', le premier nom informel de l'ICANN, était onirique. C'était tellement nouveau, sans précédent, qu'on en parlait toujours comme une « expérimentation ».

Ce n'était pas tous les jours qu'on voyait une organisation conçue par une nation (p.ex. les États-Unis) qui serait une copropriété à l'échelle planétaire. Une organisation définie, en grande partie, par une participation internationale.

Il y avait bien entendu divers intérêts. Beaucoup voyaient cette organisation sous différents angles. Certains pensaient qu'on aurait une meilleure coordination de l'Internet mondial. D'autres voyaient cela comme un environnement sécurisé et stable pour Internet. Et d'autres qui voulaient simplementt être les témoins privilégiés d'une expérience de gouvernance mondiale. Tous ces intérêts ont contribué à la formation de ce qu'est l'ICANN aujourd'hui.

En tant qu'ancien directeur élu d'At-Large, je me suis penché sur les souhaits de l'ICANN en ces premiers jours afin de trouver des moyens d'accroître la diversité et d'inclure des membres individuels. Beaucoup d'efforts ont été entrepris pour définir ce que pourrait être cette relation.

L'un des aspects de la formation précoce de l'ICANN qui m'a particulièrement intéressé est comment, lors de ces 20 années de parcours, l'ICANN a involontairement fini par influencer la société de l'information dans les nombreux pays émergents qui ont participé à l'expansion d'Internet, en particulier dans les pays en développement. Naturellement, je parle en connaissance de cause de ce qui s'est manifesté en Afrique, bien que mes observations sont certainement vraies pour d'autres parties du monde.

En 1998, il y avait peu de fournisseurs de services Internet (FSI) en Afrique, et peu d'opérateurs de domaines de premier niveau géographique (ccTLD) et encore moins de professionnels d'Internet. On utilisait des ordinateurs personnels et il existait des serveurs, même si la connectivité était faible et que les connaissances dans ce domaine manquaient.

L'Afrique venait juste d'introduire l'informatique dans les universités alors que les industries adoptaient l'informatique en entreprise, même s'il s'agissait principalement de réseaux de fabricants exclusifs. La télécommunication n'en était qu'à ses débuts et de nombreux gouvernements dans la région tentaient de déterminer des politiques de télécommunications qui feraient évoluer les services. À cette époque, même la percée du téléphone était faible.

Vînt alors l'ICANN qui visait à coordonner des identificateurs à l'échelle mondiale pour une nouvelle forme de communication. L'ICANN promettait une coordination des ressources qui rendrait les communications plus compétitives. Pour certains, cela s'accompagnait de considérations d'intérêt public mondiales, pour d'autres, cela indiquait que les communications commutées par circuit inefficaces céderaient la place à des systèmes de paquets plus efficaces.

Les engagements avec les Nations Unies, le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) et le Forum sur la gouvernance de l'Internet (IGF) ont illustré l'importance de l'implication de l'ICANN dans d'autres forums afin d'apporter des informations et de participer. Commençaient alors des différences d'opinions. Il y avait également des conflits d'intérêts mais il était important que l'ICANN ait une voix.

La nouvelle approche communautaire de la prise de décisions grâce à un modèle multipartite ascendant était stimulante pour ceux qui cherchaient plus d'inclusion dans la gouvernance. Cela créa de nombreuses opportunités de dialogue ou la possibilité de faire pression pour de meilleures politiques locales pour Internet. En résumé, il y avait une concordance entre le fait de former une structure de gouvernance de l'Internet inclusive et ce faisant, influencer davantage de gouvernements inclusifs pour de nombreux pays d'Afrique.

Faire naître la participation africaine à l'ICANN a été un vrai défi, mais heureusement la conception de l'ICANN de la gouvernance de l'Internet était mondiale et donc complètement inclusive par définition.

Dans le même temps, en 1998, l'Afrique organisa une conférence sur la gouvernance de l'Internet à Cotonou au Bénin pour déterminer la meilleure façon de participer à l'ICANN. Il a été proposé de créer plusieurs institutions techniques majeures en Afrique en lien avec l'ICANN et l'écosystème de l'Internet mondial. Ces institutions techniques étaient appelées « Af. »

La mise en place de cette proposition a entrainé la création du groupe d'opérateurs de réseau africain (AfNOG), du Centre d'information du réseau africain (AFRINIC), de l'association africaine de noms de domaine de premier niveau (AFTLD), du réseau d'éducation et de recherche de l'Afrique (AfREN), de la communauté des bureaux d'enregistrement, des équipes d'intervention informatique d'urgence (CERT) et d'autres encore.

L'Internet a été incroyablement stable ces deux dernières décennies, démontrant ainsi que l'ICANN remplit une grande part de sa mission. La politique de concurrence améliorée a permis aux nouveaux bureaux d'enregistrement et registres d'Afrique de nous rejoindre dans ces initiatives. L'ouverture de l'ICANN associée à son envie de diversité ont permis d'accueillir bon nombre d'entre nous.

Dans l'évolution de la communauté At-Large nous avons choisi une représentation indirecte des utilisateurs finaux, ce qui est une bonne chose, cependant nous devons poursuivre nos efforts pour accroître la transparence tout en assurant que les utilisateurs finaux aideraient à définir le leadership de l'ICANN.

La participation régionale est très importante dans la réalisation par l'ICANN de ses obligations mondiales et l'Afrique est impatiente de renforcer et étendre son engagement.

Joyeux 20e anniversaire à l'ICANN !

Authors

Nii Quaynor