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Transformer les paroles en actions après NETmundial

1 mai 2014
Par Fadi Chehadé

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NETmundial

NETmundial a été une expérience stimulante et unique, avec des discussions vives et passionnées sur les principes qui devraient régir la façon dont nous devrions gouverner l’Internet dans l’avenir. Plusieurs personnes ont signalé combien cela a été rafraîchissant de voir les gouvernements faire la queue devant les micros pour parler aux côtés des membres de la société civile et des communautés technique et commerciale. Nous sommes allés au-delà des discussions pour produire un document final avec la participation égalitaire de toutes les parties prenantes, basée sur une approche ascendante. La volonté affichée par tous pour participer au processus a démontré aux présidents ainsi qu’aux participants que les parties prenantes des différents secteurs sont prêtes à collaborer et à produire des résultats concrets.

La question qui se pose maintenant est de savoir comment nous transformons ces paroles en actions. Comment rendons-nous opérationnels la feuille de route et les principes pour lesquels nous nous sommes durement battus et que nous avons établis de manière collaborative ?

Tout d’abord, nous devons reconnaître que la feuille de route et les principes sont un point de départ à partir duquel nous pouvons travailler ensemble. J’encourage tout le monde à se débarrasser des étiquettes qui nous cantonnent dans différents groupes d’intérêt et dans différents modèles. À la place, essayons de nous focaliser sur les mécanismes et les processus qu’il nous faut renforcer ou créer pour gérer cette précieuse ressource dans l’intérêt de tous et sur des moyens pour devenir plus inclusifs. Faisons-le, non pas pour un pays ou pour une organisation, mais pour l’utilisateur final de l’Internet. Car nous sommes tous des utilisateurs finaux de l’Internet.

À la suite de la publication historique de la déclaration multipartite de Sao Paulo, nous devons maintenant donner vie à ces paroles. Je sais que tout le monde n’est pas forcément d’accord avec tous les mots ou concepts de la déclaration. La recherche du consensus et l’approche collaborative de NETmundial sont des processus qui impliquent d’énormes efforts. J’encourage vivement tout un chacun à poursuivre la route avec nous et à nous aider à construire un Internet ouvert à tous. Travaillons dans l’esprit du proverbe africain : « si tu veux avancer vite, marche seul ; mais si tu veux aller loin, marche avec les autres ».

Une discussion soulevée lors de NETmundial a porté sur le processus communautaire prévu pour transférer la supervision des fonctions IANA du gouvernement des États-Unis à la communauté multipartite mondiale. Si le but de NETmundial était de travailler de façon générale sur les principes et la feuille de route pour la gouvernance future de l’Internet, il était cependant normal que les parties prenantes se posent des questions par rapport à la manière dont cette transition sera gérée et à quelle en sera la prochaine étape.

L’ICANN a actuellement engagé deux dialogues connexes. Le premier est un dialogue public sur le mécanisme à mettre en place pour remplacer le rôle de supervision du gouvernement des États-Unis. Il s’agit d’un dialogue public que poursuivra la communauté mondiale de l’Internet dans plusieurs enceintes dans le but d’élaborer la proposition de transition demandée par le gouvernement des États-Unis. Notre premier dialogue a eu lieu à l’occasion de la 49e réunion de l’ICANN à Singapour ; le deuxième, à NETmundial. Ce n’est que le début d’une série de dialogues qui se tiendront non seulement aux réunions de l’ICANN mais aussi dans le monde entier et bien au-delà de l’ICANN.

Le deuxième dialogue ouvert concerne la capacité de l’ICANN à rendre des comptes devant la communauté ICANN mondiale ; c’est un dialogue qui concernera principalement la communauté de l’ICANN bien qu’il soit ouvert à tous. Il portera sur le renforcement des mécanismes existants en matière de responsabilité – tels que l’affirmation d’engagements- et de recours, et explorera, le cas échéant, de nouveaux mécanismes de responsabilité et de reddition de comptes.

Pour revenir à l’agenda générale de la gouvernance de l’Internet : il y a beaucoup de travail à faire. Comme un certain nombre de participants l’ont bien signalé, deux tiers de la population mondiale ne sont pas encore en ligne ! Avec des problèmes à résoudre aussi importants que celui de l’accès à Internet, nous devons regarder au plus profond de nous-mêmes et déterminer où nous devons focaliser nos efforts. Ensuite, nous devons tâcher de transformer nos paroles en actions ; non seulement identifier les problèmes mais aussi rechercher des solutions. Une prochaine étape aura lieu à Dubaï au début du mois de mai, lorsque le panel de haut niveau sur les mécanismes de coopération et de gouvernance mondiales de l’Internet, présidé par le président d’Estonie Toomas Ilves et vice-présidé par Vint Cerf, se réunira pour la troisième et dernière fois en vue de finaliser son document. Ce document sera publié vers la fin du mois de mai. Un peu plus loin sur la route, il y aura la 50e réunion publique de l’ICANN à Londres et le Forum sur la gouvernance de l’Internet à Istanbul, en septembre. Les deux rencontres aborderont une grande partie des discussions soulevées à NETmundial.

Personnellement, je suis prêt à travailler sans relâche pour faire converger les efforts des gouvernements, du secteur privé et de la société civile afin que la feuille de route de NETmundial devienne opérationnelle. Une alliance ou une coalition, guidée par l’inoubliable esprit de NETmundial et rassemblée autour de ses principes, devrait sans tarder se focaliser sur la mise en œuvre concrète des éléments de la feuille de route de NETmundial, notamment :

  • mettre en place des mécanismes novateurs pour relier les problèmes en matière de gouvernance de l’Internet aux solutions existantes. Lorsqu’aucune solution n’est disponible, les mécanismes devraient viser à réunir de manière dynamique les institutions et les experts afin de trouver des solutions efficaces aux problèmes, avec la participation de toutes les parties prenantes.
  • soutenir l’établissement de structures nationales de gouvernance de l’Internet ; promouvoir la collaboration entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile en vue de produire des modèles / des recommandations locales en matière de politiques et de meilleures pratiques.
  • donner aux participants des gouvernements, du secteur privé et de la société civile -notamment dans les régions en développement- les moyens de s’engager activement dans l’écosystème distribué de la gouvernance de l’Internet. Des formations efficaces, des outils et un accès rapide à des connaissances spécialisées devraient faire partie des moyens à prévoir.

Tel que j’ai commenté pendant une des séances de NETmundial, quelque chose dans l’air du Brésil et de l’Amérique latine a stimulé nos discussions pendant deux jours. Les participants ont parlé d’un esprit omniprésent de coopération et de collaboration -la volonté d’écouter les points de vue des autres et de trouver des terrains d’entente. J’espère que cet esprit nous accompagnera toujours dans les mois qui viennent, pendant lesquels nous poursuivrons ensemble notre route vers l’évolution de la gouvernance de l’Internet.

Authors

Fadi Chehadé

Ancien President & CEO