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La transmission du premier message

NOTE : Il y a cinquante ans, deux événements allaient changer le monde. Tout d'abord, l'homme marchait pour la première fois sur la Lune. Trois mois plus tard, un simple message entre deux ordinateurs marquait un moment charnière dans le développement de l'Internet. Dans ce billet invité, le Dr. Leonard Kleinrock de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA), un pionnier légendaire de l'Internet, nous raconte ce qui se passait en coulisses le jour qui a marqué un tournant dans le développement d'un des outils de communication les plus extraordinaires jamais conçus par l'humanité.

Beaucoup savent qu'il y a 50 ans, le 29 octobre 1969, le premier message était envoyé avec succès sur ARPANET, le réseau qui allait éventuellement évoluer pour devenir l'Internet. Mais rares sont ceux qui connaissent les événements qui ont conduit à l'envoi de ce message.

Le 3 juin 1968, Larry Roberts présentait le plan du Programme ARPANET à l'Agence de projets de recherche avancée (ARPA) du Département de la défense des États‑Unis. La plan a été approuvé le 21 juin 1968, ce qui voulait dire que le processus ARPANET était officiellement en marche.

À la fin du mois de juillet 1968, une demande de devis (RFQ) pour des commutateurs de paquets (« Interface Message Processors » en anglais, dits aussi IMP) était envoyée à 140 fournisseurs potentiels.

Douze propositions ont été reçues en réponse à la demande de devis. Pendant qu'elles étaient évaluées par ARPA, en octobre, Roberts m'accordait un contrat de recherche à l'UCLA pour créer un Centre de mesure de réseau (NMC).

Le NMC avait pour mission de mesurer le comportement d'ARPANET par le biais d'essais permettant de déterminer ses défaillances, sa performance et ses limites à l'aide de tests de résistance.

J'ai eu la chance d'avoir avec moi une équipe exceptionnelle d'étudiants diplômés, de chercheurs, de développeurs et d'assistants pour ce projet. Une semaine avant Noël 1968, Bolt, Beranek et Newman (BBN) ont remporté l'appel d'offres et se sont vu attribuer le contrat pour développer le sous-réseau IMP à IMP.

Les premiers quatre nœuds ont été choisis en fonction de leur capacité à fournir des services de réseau et/ou de soutien spécialisés. Ils étaient :

  • l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA),
    • pour assurer les fonctions du NMC sous ma supervision.
  • l'Institut de recherche de Stanford (SRI),
    • pour fournir le système de Doug Engelbart pour l'accroissement de l'intelligence humaine.
  • l'Université de Californie à Santa Barbara,
    • pour fournir des graphiques interactifs.
  • l'Université d'Utah,
    • pour fournir des graphiques en 3D.

À ce moment-là, les choses ont commencé à bouger vite. La date de livraison du premier IMP, qui devait arriver à l'UCLA début septembre 1969, approchait à grand pas.

Pendant ce temps, au NMC, nous étions occupés à collecter des données qui nous aident à prédire la performance du réseau, sur la base de ma théorie de 1962. Pour ce faire il nous fallait estimer le volume de trafic que les sites hôtes représenteraient pour le réseau.

Roberts et moi avions contacté un certain nombre de sites et leur avions demandé le volume de trafic qu'ils prévoyaient générer et vers quels autres sites. Nous leur avions demandé aussi quel volume de trafic vers leurs sites ils allaient autoriser. À ma grande surprise, beaucoup d'entre eux ont refusé l'utilisation de leurs hôtes pour le trafic en provenance du réseau, au motif que la capacité de leurs hôtes étaient pleinement utilisée par leur base locale de clients. Éventuellement, ils ont cédé et nous ont fourni leur volume de trafic prévu. Cette matrice de trafic a été utilisée dans le RFQ de juillet 1968 et dans un document publié en juin 1969, qui servait à officialiser leur engagement.

Le 3 juillet 1969, deux mois avant la date prévue pour la livraison du IMP, l'UCLA a annoncé le déploiement imminent d'ARPANET.

Dans l'annonce, je décrivais à quoi ressemblerait le réseau et quelles en seraient les applications. On cite souvent le paragraphe final de cette annonce, où je fais plusieurs prédictions : « Les réseaux d'ordinateurs n'en sont encore qu'à leurs balbutiements, mais lorsqu'ils deviendront plus développés et plus complexes, nous assisterons probablement à une multiplication de « fournisseurs informatiques » qui, à l'instar des fournisseurs d'électricité ou de téléphone, desserviront les foyers et les bureaux à travers le pays ».

Je suis satisfait de voir que les faits ont donné raison à mes prédictions.

  • Le commentaire à propos des « fournisseurs informatiques » a correctement anticipé l'émergence des services IP basés sur le Web.
  • Ma référence à des « fournisseurs d'électricité ou de téléphone » a anticipé correctement la possibilité de se connecter partout à un réseau toujours activé et « invisible ».
  • Le commentaire sur les « foyers et bureaux » anticipe l'accès omniprésent au réseau.

Or, ce que je n'ai pas réussi à prévoir c'est le puissant côté social du réseau Internet et son impact rapide et croissant sur notre société.

Le premier message

Le premier message hôte à hôte d'ARPANET a été envoyé à 22h30 le 29 octobre 1969, lorsqu'un de mes développeurs, Charley Kline, a « ouvert la session » avec l'hôte SRI depuis l'hôte UCLA.

La procédure consistait à taper « log » et le système du SRI était suffisamment intelligent pour compléter le reste de la commande et ajouter « in » afin d'obtenir « login ».

Charley chez nous et Bill Duval au SRI avaient chacun un téléphone pour communiquer verbalement pendant que le message était transmis. Ironie du destin : nous utilisions le réseau téléphonique pour lancer une nouvelle technologie de commutation de paquets qui allait détruire le réseau téléphonique !

À l'UCLA, Charley a tapé le « I » et a demandé au SRI « Tu l'as reçu? ». « I, bien reçu », a répondu la voix de l'autre côté. Il a tapé le « o ». « T'as reçu le o? », et la réponse de l'autre côté « o, bien reçu ». Charley a tapé le « g » et a demandé « T'as reçu le g? ». Et là, le système s'est planté ! C'était un drôle de début.

Le premier message passé sur Internet allait donc être un mot prémonitoire : « lo » (comme dans « lo and behold », expression anglaise équivalente à « ô surprise! »). Nous n'avions pas préparé de message spécial (comme l'avait fait, par exemple, Samuel Morse avec son « Ce que Dieu a forgé ») mais on n'aurait pas pu trouver un message plus succinct, plus puissant et plus prophétique que notre « lo ». Malheureusement, on n'avait pas de caméra, même pas de dictaphone. Le seul registre de cet événement est une entrée dans le fichier journal de notre IMP.

ARPANET et son successeur Internet, avaient été lancés.

Leonard Kleinrock a rejoint deux autres pionniers de l'Internet, Vint Cerf et Steve Crocker, pour discuter avec le personnel de l'organisation ICANN le 15 octobre 2019. Ils ont parlé du premier message envoyé sur ARPANET et des débuts de l'Internet. La vidéo de cette rencontre est disponible sur https://m.youtube.com/watch?v=XZjeiy00Yng&feature=youtu.be

Comments

    Domain Name System
    Internationalized Domain Name ,IDN,"IDNs are domain names that include characters used in the local representation of languages that are not written with the twenty-six letters of the basic Latin alphabet ""a-z"". An IDN can contain Latin letters with diacritical marks, as required by many European languages, or may consist of characters from non-Latin scripts such as Arabic or Chinese. Many languages also use other types of digits than the European ""0-9"". The basic Latin alphabet together with the European-Arabic digits are, for the purpose of domain names, termed ""ASCII characters"" (ASCII = American Standard Code for Information Interchange). These are also included in the broader range of ""Unicode characters"" that provides the basis for IDNs. The ""hostname rule"" requires that all domain names of the type under consideration here are stored in the DNS using only the ASCII characters listed above, with the one further addition of the hyphen ""-"". The Unicode form of an IDN therefore requires special encoding before it is entered into the DNS. The following terminology is used when distinguishing between these forms: A domain name consists of a series of ""labels"" (separated by ""dots""). The ASCII form of an IDN label is termed an ""A-label"". All operations defined in the DNS protocol use A-labels exclusively. The Unicode form, which a user expects to be displayed, is termed a ""U-label"". The difference may be illustrated with the Hindi word for ""test"" — परीका — appearing here as a U-label would (in the Devanagari script). A special form of ""ASCII compatible encoding"" (abbreviated ACE) is applied to this to produce the corresponding A-label: xn--11b5bs1di. A domain name that only includes ASCII letters, digits, and hyphens is termed an ""LDH label"". Although the definitions of A-labels and LDH-labels overlap, a name consisting exclusively of LDH labels, such as""icann.org"" is not an IDN."